{"id":38,"date":"2014-10-16T14:30:00","date_gmt":"2014-10-16T13:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/thibaudleplat.wordpress.com\/2014\/10\/16\/les-jardins-de-messi"},"modified":"2025-02-10T21:17:23","modified_gmt":"2025-02-10T21:17:23","slug":"les-jardins-de-messi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/thibaudleplat.com\/index.php\/2014\/10\/16\/les-jardins-de-messi\/","title":{"rendered":"Les jardins de Messi"},"content":{"rendered":"<div dir=\"ltr\" style=\"text-align:left;\">\n<div class=\"separator\" style=\"clear:both;text-align:center;\"><a href=\"http:\/\/www.sofoot.com\/data\/sofoot_articles\/190382\/contre-malaga-4-ef-80-a212-ef-80-a204-iconsport-alf-161103-05-10.jpg\" style=\"margin-left:1em;margin-right:1em;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" border=\"0\" src=\"http:\/\/www.sofoot.com\/data\/sofoot_articles\/190382\/contre-malaga-4-ef-80-a212-ef-80-a204-iconsport-alf-161103-05-10.jpg\" height=\"426\" width=\"640\" \/><\/a><\/div>\n<div class=\"p1\"><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><b><\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Voil\u00e0 dix ans que Leo Messi habite tous nos r\u00e9sum\u00e9s et tous nos records. Il est le meilleur du monde depuis le jour o\u00f9 il a commenc\u00e9 le football. Mais parfois \u00eatre le meilleur ne suffit pas. Dans les jardin o\u00f9 Messi a \u00e9t\u00e9 enfant, les h\u00e9ros ne s\u2019appellent pas toujours Leo.\u00a0<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">On ne devient pas un g\u00e9nie sur n\u2019importe quel terrain vague. Pour retrouver le jardin o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 enfants, il faut prendre son temps, marcher quelques heures et divaguer un peu. Au bord de la route de campagne qui nous m\u00e8nerait vers ce terrain municipal id\u00e9al, il y aurait un mur de vieilles briques irr\u00e9guli\u00e8res sur lequel on s\u2019inventerait des arm\u00e9es d\u2019adversaires imaginaires qui nous bombarderaient de talonnades dans la course et de contr\u00f4les orient\u00e9s. On s\u2019appliquerait beaucoup avant de rendre la balle \u00e0 Pel\u00e9, Maradona, Pasarella, Bati, Kempes, et \u00e0 tous ces h\u00e9ros qui nous accompagneraient dans notre qu\u00eate du geste parfait. On contr\u00f4lerait de l\u2019int\u00e9rieur du pied gauche et on passerait de l\u2019int\u00e9rieur pied droit juste devant nous. Contr\u00f4le-passe. Contr\u00f4le-passe. Ensuite, du droit, sans contr\u00f4le, un crochet, but. Apr\u00e8s des centaines d\u2019heures de pratiques devant le mur \u00e0 demi effondr\u00e9, on arriverait m\u00eame \u00e0 ne plus regarder nos pieds du tout. On devinerait o\u00f9 se trouve le ballon juste \u00e0 l\u2019entendre taper contre la brique et rebondir sur le macadam sec. Puis, le week-end suivant devant les copains et les parents arm\u00e9s de cam\u00e9scopes, le maillot rouge et noir sur le dos, on se faufilerait si effront\u00e9ment entre nos adversaires que tous les week-ends on nous appellerait Diego. M\u00eame si notre vrai nom, en fait, ce serait Leo.\u00a0<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Rosario en lui<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">L\u00e9o Messi est n\u00e9 \u00e0 Rosario et <i>\u00abRosario c\u2019est une mani\u00e8re exag\u00e9r\u00e9e d\u2019\u00eatre argentin\u00bb<\/i>, dit un jour Valdano. Elle abrite le destin m\u00e9andreux des \u00e2mes tourment\u00e9es, de ceux qui aiment \u00eatre fous, mais toujours artistement. Il faut casser beaucoup plus de fen\u00eatres et de pots de fleurs qu\u2019ailleurs pour avoir le droit de voir son visage peint sur le m\u00eame mur que celui du Che Gevara, de Tata Martino, de Marcelo Bielsa, du Trinche Carlovich, de Fito Paez, del Pocho Lavezzi ou d\u2019Angel Di Maria, tous natifs de l\u00e0-bas. L\u00e9o a beau y avoir lui aussi pass\u00e9 son enfance, il ne leur ressemble pas. Soyons sinc\u00e8re, il est tellement sage, tellement gentil qu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de tous ces r\u00e9volutionnaires, les couleurs trop fades de son portrait s\u2019effaceraient derri\u00e8re l\u2019\u00e9clat de ceux de ces glorieux voisins. Il est tellement bien \u00e9lev\u00e9 que pour se mettre \u00e0 l\u2019admirer, il faut se forcer un peu. Heureusement qu\u2019il est talentueux. Imaginez un L\u00e9o Messi qui n\u2019aurait pas les m\u00eames dons, la m\u00eame rapidit\u00e9, la m\u00eame voracit\u00e9. Il n\u2019int\u00e9resserait personne et son visage de gamin des campagnes ne s\u00e9duirait que ses voisines. Pour le secouer un peu Roberto Fontanarrosa, immense auteur de Rosario, lui aurait dit comme dans son livre <i>P\u00faro F\u00fatbol<\/i> <i>\u00abTu ne pourras jamais \u00eatre une idole si tu es trop parfait, mon vieux. Si tu n\u2019as pas un peu de vice, si on ne t\u2019a jamais attrap\u00e9 en tort&#8230;Comment, bon dieu, veux-tu que les gens s\u2019identifient \u00e0 toi ? Qu\u2019est ce que t\u2019as en commun, toi, avec tous ces singes en tribunes ?\u00bb \u00a0<\/i><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Les amours de jeunesse<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il faut dire qu\u2019en plus en Argentine, on n\u2019aime pas trop les jeunes. Les foules ont appris tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 ne pas tomber amoureuses de promesses, celles qui quittent le pays \u00e0 la premi\u00e8re occasion. Le public pr\u00e9f\u00e8rera toujours confier ses \u00e9tats d\u2019\u00e2mes aux vieux lions dont personne ne veut plus en Europe comme Palermo, Ver\u00f3n ou Ortega plut\u00f4t qu\u2019aux jeunes premiers \u00e9l\u00e9gants et bien \u00e9lev\u00e9s comme Banega, Gago ou Messi. Ils embrassent tous leurs maillots quand ils marquent un but devant les Barras Bravas. Mais on sait trop bien ce qu\u2019ils feront, les novices, juste apr\u00e8s, quand un Airbus pour l\u2019Europe s\u2019approchera un peu trop pr\u00e8s d\u2019eux. Ils s\u2019exileront sur l\u2019autre h\u00e9misph\u00e8re. Et, des ann\u00e9es plus tard, au hasard d\u2019une \u00e9ventuelle s\u00e9lection avec l\u2019\u00e9quipe nationale, les plus nostalgiques les retrouveront dans la lumi\u00e8re du Stade Monumental le temps d\u2019une interminable \u00e9liminatoire pour un Mondial trop lointain. Ces quelques collectionneurs patients se rem\u00e9moreront leurs exploits pass\u00e9s, jureront qu\u2019ils les avaient vu un jour il y a des ann\u00e9es sous le maillot de River, Boca ou Newell\u2019s. Mais tous les autres, un peu comme ces enfants malheureux qui pr\u00e9f\u00e8rent effacer les mauvais souvenirs plut\u00f4t que de souffrir pour toujours, diraient qu\u2019ils ne s\u2019en souviennent plus. Maradona, Kempes ou Riquelme, eux, avaient attendu avant de traverser l\u2019Atlantique. Ils m\u00e9ritaient qu\u2019on les pleure, qu\u2019on les aime. En 2000, quand il quitta Rosario pour Barcelone \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 13 ans, Messi \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 du pass\u00e9.<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>La r\u00e9surrection de Messi<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Cinq ans plus tard, pour son premier match avec l\u2019Argentine, le petit Diego de Rosario, r\u00e9apparut bruyamment. C\u2019\u00e9tait le 18 ao\u00fbt 2005. L\u2019Argentine affrontait la Hongrie en match amical \u00e0 Budapest. On n\u2019avait un peu oubli\u00e9 ce gamin depuis qu\u2019il avait quitt\u00e9 le pays pour Barcelone il y a quelques ann\u00e9es. Comme tant d\u2019autres promesses avant lui, il s\u2019\u00e9tait envol\u00e9. Son p\u00e8re, Jorge, l\u2019avait accompagn\u00e9 en Catalogne, laissant le reste de sa famille rentrer \u00e0 Rosario. L\u00e9o y passait chaque ann\u00e9e ses vacances. Il avait finalement grandi. C\u2019\u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s tout. Rien de renversant. Pas de quoi remplir une somme th\u00e9ologique \u00e0 l\u2019usage des gentils. En Europe ils avaient beau dire que ce Leo Messi serait le nouveau Maradona, \u00e0 Rosario on s\u2019en m\u00e9fiait d\u2019autant plus. Les europ\u00e9ens avaient-ils jamais compris qui \u00e9tait Diego ? Et puis un gamin de Rosario qui a grandi en Catalogne est-il toujours un gamin de Rosario ? Ne lui avait-on pas propos\u00e9 de jouer avec l\u2019Espagne ? Certes, le gosse avait choisi <i>l\u2019albiceleste<\/i> mais l\u2019Argentine, elle, n\u2019avait pas encore choisi Messi. Elle devait juger sur pi\u00e8ce, voir le gamin en costume.\u00a0<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Une paire de coudes<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00c0 la soixante-quatri\u00e8me minute de ce match il rempla\u00e7a donc Lisandro Lopez et fit ce qu\u2019on n\u2019attendait plus de lui depuis longtemps. Sur le terrain Ferenc Puskas de Budapest, Lio contr\u00f4la le ballon \u00e0 40 m\u00e8tres des buts hongrois, se retourna puis partit balle coll\u00e9e au pied gauche, maillot bleu et blanc dans le vent. Il fit le tour de Vanczak mais le milieu hongrois ne le l\u00e2cha pas pour autant. <i>\u00abje l\u2019ai pass\u00e9 mais il a continu\u00e9 \u00e0 s\u2019accrocher \u00e0 moi, <\/i>raconta Lio quelques heures plus tard<i>. Alors j\u2019ai essay\u00e9 de me d\u00e9tacher pour pouvoir continuer mais l\u2019arbitre a consid\u00e9r\u00e9 que je lui avais donn\u00e9 un coup de coude\u00bb.<\/i> Il faut le voir sur les vid\u00e9os lever les bras au ciel et taper sur ses cuisses d\u2019agacement, comme s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 le num\u00e9ro 10 de l\u2019Argentine depuis sa naissance en 1987. Jos\u00e9 Pekerman, le s\u00e9lectionneur de l\u2019\u00e9poque, comprit imm\u00e9diatement qui \u00e9tait ce gamin capricieux<i>\u00ab Leo a r\u00e9alis\u00e9 un dribble pour son premier ballon\u00bb<\/i>. Mais surtout, il ass\u00e9na deux coups de coude dans le visage de son opposant direct. Et pour son premier match avec <i>l\u2019abiceleste<\/i> apr\u00e8s 18 ans d\u2019attente, il vit un carton rouge 30 secondes apr\u00e8s \u00eatre entr\u00e9 sur le terrain. Buenos Aires \u00e9clata de rire. Rosario fr\u00e9mit, de joie.<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Don\u2019t cry for me Barcelona<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00c0 Barcelone, quelques mois plus t\u00f4t, le 16 octobre 2004, il avait d\u00e9but\u00e9 avec la m\u00eame insolence dans un derby contre l\u2019Espanyol. On parlait de lui depuis des mois dans les bureaux et les tavernes de la ville. Il y avait, disaient-ils, un gamin encore plus fort que Ronnie, plus rapide, plus pr\u00e9cis qui jouerait bient\u00f4t en \u00e9quipe premi\u00e8re et qui avait d\u00e9j\u00e0 disput\u00e9 quelques minutes en amical contre le Porto de Mourinho l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Fabregas et Piqu\u00e9 avaient quitt\u00e9 le bercail mais lui, la perle de la <i>cantera<\/i>, \u00e9tait toujours l\u00e0. Ajout\u00e9 aux petits Andr\u00e9s Iniesta et Xavi Hernandez, cette \u00e9quipe pourrait bien valoir le coup d\u2019oeil dans quelques temps. Enfin, c\u2019est ce qu\u2019ils pensaient. Pour dire vrai, quand ils virent cette puce sursauter d\u2019un ballon \u00e0 l\u2019autre pour son premier match, ils comprirent seulement pourquoi depuis les cat\u00e9gories inf\u00e9rieures on le surnommait la <i>Pulga, <\/i>le petit argentin. Install\u00e9 c\u00f4t\u00e9 gauche, puis c\u00f4t\u00e9 droit, num\u00e9ro 30 dans le dos, puis num\u00e9ro 19, le gamin sautait partout. Mais \u00e0 part quelques contr\u00f4les \u00e9l\u00e9gants, Ludovic Giuly qui arriverait quelques mois plus tard, n\u2019aurait pas \u00e0 s\u2019inqui\u00e9ter pour son couloir droit. Pourtant si on avait regard\u00e9 plus attentivement les r\u00e9actions de ses a\u00een\u00e9s on aurait vu quelque chose de pr\u00e9monitoire. Le sourire de Ronnie ou plus tard l\u2019attitude paternaliste de Thierry Henry \u00e0 son \u00e9gard, trahissaient en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019inqui\u00e9tude des anciens devant l\u2019aisance de cet ado attard\u00e9 dont il surent, quelques mois avant le commun des mortels, qu\u2019il les enverrait tous \u00e0 la retraite. Ainsi plut\u00f4t que de l\u2019\u00e9touffer pour l\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00e9clore, ils firent mine de le prot\u00e9ger et d\u2019en \u00eatre les grands bienfaiteurs. Le 10 br\u00e9silien lui servit ainsi un caviar pour un premier but sur lob salu\u00e9 par une ovation du Camp Nou et de tout le banc de touche du Bar\u00e7a. Hors-jeu. Rat\u00e9. Alors comme pour montrer que cette passe et cette chor\u00e9graphie ne devaient rien au hasard, ils r\u00e9p\u00e9t\u00e8rent quelques minutes plus tard exactement le m\u00eame encha\u00eenement. Cette fois-ci le gamin \u00e9tait bien align\u00e9 et glissa un lob rigolard pour son premier but. Tout le monde debout. Messi sur les \u00e9paules de Ronnie. Ce miston \u00e9tait vraiment diff\u00e9rent. Diff\u00e9rent, c\u2019est-\u00e0-dire pas comme eux. Ce qui, pour l\u2019ancien qui vit sous la menace permanente de la ringardise, n\u2019est jamais une tr\u00e8s bonne nouvelle.<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Le football r\u00e9gressif<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">En le voyant ainsi n\u2019en faire qu\u2019\u00e0 sa t\u00eate sur les terrains du monde, le <i>storytelling<\/i> des marketeurs se mit rapidement en place. C\u2019\u00e9tait \u00e0 notre tour d\u2019en avoir plein les yeux. Des centaines de s\u00e9quences vid\u00e9os tourn\u00e9es maladroitement par des inconnus dix ans auparavant sur des terrains d\u2019enfants, apparurent dans tous les r\u00e9cits, tous les reportages. Sur ces films amateurs en libre acc\u00e8s on y contemplait toujours la m\u00eame chose : un gosse minuscule \u00e0 la silhouette famili\u00e8re qui en dribblait des dizaines d\u2019autres et qui aurait pu \u00eatre n\u2019importe qui. Notre m\u00e9moire absorbait ces contenus jusqu\u2019\u00e0 tous les m\u00e9langer. Et l\u2019incroyable se produisit alors. Contre Albacete, Chelsea, Valence ou Madrid, ce n\u2019\u00e9tait plus ce jeune ailier qu\u2019on voyait mais ce gamin-l\u00e0, celui qui d\u00e9valait les terrains vagues dans les vid\u00e9os, qui c\u00e9l\u00e9brait chacun de ses buts comme si c\u2019\u00e9tait le dernier. Certes le n\u00f4tre \u00e9tait un peu plus grand et le terrain d\u2019une autre couleur. Mais tout le reste \u00e9tait pareil, y compris le talent. En fait, ils avaient raison \u00e0 Rosario. Messi n\u2019avait pas chang\u00e9, il avait juste grandi. Il suffisait de bien le regarder. L&#8217;acculturation europ\u00e9enne n\u2019avait rien effac\u00e9 de sa nature. Il portait toujours en lui le football sauvage de Rosario, celui o\u00f9 il n\u2019y a ni \u00e9quipes, ni amis, ni camarades. Quand les autres vivaient \u00e0 l\u2019heure du football moderne et scientifique, s\u2019entra\u00eenaient, se civilisaient, L\u00e9o vivait encore dans le monde merveilleux du petit pont aller-retour et du chacun pour sa peau. Comme nous \u00e0 la grande \u00e9poque, il voulait toujours jouer, absolument tous les matchs, ne jamais aller se coucher. Sauf que lui le faisait maintenant en premi\u00e8re division.\u00a0<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><b><\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>La maquina du Bar\u00e7a<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le drame c\u2019est qu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, tous ces joueurs qu\u2019on pensait grands, devenaient tout \u00e0 coup normaux. Marquer 20 buts par saison n\u2019avait plus rien de si h\u00e9ro\u00efque. M\u00eame Ronnie abandonna le football et se jeta dans la nuit catalane au moment m\u00eame o\u00f9 Messi allait devenir grand. En fait, ce n\u2019est pas Barcelone qui domestiqua Leo mais plut\u00f4t Leo qui ensauvagea Barcelone. Exemple. Un soir de mai 2009, Guardiola s\u2019enferma dans son bureau. Examinant le nombre infini de vid\u00e9os dont il disposait sur le Real Madrid de Juande Ramos, son adversaire du lendemain, il cherchait la solution. Tout \u00e0 coup il prit son t\u00e9l\u00e9phone <i>\u00abL\u00e9o, c\u2019est moi Pep, il faut que je te dise quelque chose d\u2019important. Viens ici, maintenant\u00bb.<\/i> Le petit 10 accourut \u00e0 l\u2019appel de son chef. Arriv\u00e9 sur place, Pep l\u2019installa devant lui et lui r\u00e9v\u00e9la un secret <i>\u00abDemain \u00e0 Madrid tu vas commencer sur le c\u00f4t\u00e9 comme toujours. Mais quand je te ferai un signe tu passeras dans le dos des milieux et tu bougeras dans cette zone l\u00e0.\u00bb<\/i> Le lendemain il prit un instant pour au moins avertir Xavi et Iniesta <i>\u00absi vous le voyez devant les d\u00e9fenseurs, n\u2019h\u00e9sitez pas \u00e0 donner le ballon \u00e0 L\u00e9o pour qu\u2019il aille tout droit vers Iker\u00bb<\/i>. Apr\u00e8s 10 minutes de jeu et un but madril\u00e8ne marqu\u00e9, il fit ce fameux signe. Messi s\u2019installa \u00e0 son nouveau poste. Le traditionnel 4-3-3 barcelonais explosa. Metzelder et Cannavaro, les d\u00e9fenseurs madril\u00e8nes, furent imm\u00e9diatement emport\u00e9s par la d\u00e9flagration. Le 2 mai 2009, le Bar\u00e7a \u00e9crasa le Real chez lui 2-6 gr\u00e2ce au <i>falso 9<\/i> et entama sa folle s\u00e9rie de titres, de gloire et de r\u00e9volutions. Le Bar\u00e7a de Guardiola gagnera 14 troph\u00e9es de 19 disput\u00e9s et Messi, resurgissant ainsi dans l\u2019axe sous n\u2019importe quel pr\u00e9texte, brisa un \u00e0 un tous les records et toutes les rigidit\u00e9s tactiques possibles. Il y eut Pedernera \u00e0 River, Hidegkuti chez les Hongrois, Di Stefano au grand Real, Laudrup chez Cruyff, il y aurait maintenant L\u00e9o au Bar\u00e7a.<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Maudite Argentine<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Alors \u00e9videmment en Argentine on lui en voulut un peu de tout ce num\u00e9ro. Un 10 argentin qui ne brille ni avec Boca ni avec la s\u00e9lection ne m\u00e9rite pas d\u2019\u00eatre souvenu au-del\u00e0 d\u2019une ou deux d\u00e9cennies. Ils r\u00e9clamaient beaucoup plus que quelques buts ou quelques passes d\u00e9cisives en \u00e9liminatoires pour donner leur amour. Eux aussi voulaient perdre la raison et devenir fous. Ils n\u2019attendaient que \u00e7a. Pourtant L\u00e9o dut patienter sept ans avant de briser la glace, avant de finir de prouver qu\u2019il \u00e9tait toujours le gamin qui avait quitt\u00e9 Rosario quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t. La f\u00ealure se produisit lors d\u2019un match amical en 2012. En marquant un hat-trick contre le Br\u00e9sil, il avait battu \u00e0 lui tout seul l\u2019ennemi h\u00e9r\u00e9ditaire. Apr\u00e8s 70 matchs \u00e0 douter de lui et de ses motivations, les <i>hinchas<\/i> argentins ent\u00e9rin\u00e8rent l\u2019exploit et entam\u00e8rent enfin le long processus d\u2019adoption du gamin de Barcelone. La Coupe du Monde au Br\u00e9sil finit de payer la dette que Leo avait contract\u00e9 avec les coeurs de son pays le jour o\u00f9 il avait os\u00e9 devenir le meilleur du monde beaucoup trop loin de chez eux. En portant son \u00e9quipe jusqu\u2019en finale du Mondial, Leo Messi \u00e9tait enfin digne d\u2019amour <i>\u00abNous avons redonn\u00e9 \u00e0 l\u2019Argentine la place qu\u2019elle m\u00e9rite\u00bb<\/i> dit-il apr\u00e8s le match. L\u00e9o rentrait au pays. Mais pour combien de temps ?<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Les enfants de L\u00e9o<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Combien de matchs devront passer avant qu\u2019il ne disparaisse \u00e0 nouveau ? Dans dix ans, quand on nous montrera les r\u00e9sum\u00e9s du week-end et qu\u2019on ne verra plus ce minuscule ailier droit d\u00e9bouler devant les d\u00e9fenses et claquer des grands coups de fouets dans les lucarnes oppos\u00e9es, Leo Messi nous manquera-t-il ? Regretterons-nous tous ses buts et tous ses records ? \u00c0 Rosario, sans doute, ils se souviendront de ses crochets et de ses acc\u00e9l\u00e9rations sur le terrain vert. Ils parleront encore de ce 2-6 ou de cette finale contre l\u2019Allemagne mais dans un soupir, ils regretteront toujours qu\u2019il ne leur e\u00fbt jamais offert un Mondial. Tous ces buts et tous ces exploits \u00e9taient beaux. Ils les avaient impressionn\u00e9s, ils l\u2019admettront. Mais, au fond, leur \u00e9taient-ils destin\u00e9s ? Ils auraient aim\u00e9 le voir souffrir au moins une fois juste pour pouvoir lui ressembler un peu et ainsi percer le myst\u00e8re inhabituel de ce g\u00e9nie silencieux. Ils diront, pour s\u2019excuser de tant d\u2019ingratitude, que c\u2019est \u00e0 cause des dirigeants argentins et puis de toute cette pression que le petit Messi ne put jamais jouer lib\u00e9r\u00e9 avec <i>l\u2019Albiceleste<\/i>. Ils s\u2019en voudront m\u00eame peut-\u00eatre d\u2019avoir autant exig\u00e9 d\u2019un gamin de 25 ans. Il n\u2019y pouvait rien, il \u00e9tait comme \u00e7a. Et puis sur cette conclusion r\u00e9alise ils s\u2019installeront devant leur \u00e9cran, l\u2019oublieront un peu et en voudront cette fois-ci aux autres jeunes qui s\u2019en iront. Dans les jardins, les gosses feront rebondir \u00e0 leur tour le ballon contre le m\u00eame mur de briques. Au moment de marquer leurs buts imaginaires, se prendront-ils pour L\u00e9o Messi ? Non. Dans les jardin o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 enfants, tous les gamins s\u2019appellent toujours Diego.<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<p><\/p>\n<div class=\"p1\"><a href=\"http:\/\/www.sofoot.com\/messi-putain-10-ans-190382.html\">http:\/\/www.sofoot.com\/messi-putain-10-ans-190382.html<\/a><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voil\u00e0 dix ans que Leo Messi habite tous nos r\u00e9sum\u00e9s et tous nos records. Il est le meilleur du monde depuis le jour o\u00f9 il a commenc\u00e9 le football. Mais parfois \u00eatre le meilleur ne suffit pas. 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