{"id":55,"date":"2014-07-09T11:24:00","date_gmt":"2014-07-09T10:24:00","guid":{"rendered":"https:\/\/thibaudleplat.wordpress.com\/2014\/07\/09\/ce-que-le-ballon-doit-au-velo"},"modified":"2025-02-10T21:17:25","modified_gmt":"2025-02-10T21:17:25","slug":"ce-que-le-ballon-doit-au-velo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/thibaudleplat.com\/index.php\/2014\/07\/09\/ce-que-le-ballon-doit-au-velo\/","title":{"rendered":"Ce que le ballon doit au v\u00e9lo"},"content":{"rendered":"<div dir=\"ltr\" style=\"text-align:left;\">\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Mercredi 9 juillet 2014<\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Argentine-Hollande (demi-finale)<\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Sao Paolo<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><b><\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"separator\" style=\"clear:both;text-align:center;\"><a href=\"http:\/\/www.sofoot.com\/IMG\/img-ce-que-le-ballon-doit-au-velo-1404990026_620_400_crop_articles-186682.jpg\" style=\"margin-left:1em;margin-right:1em;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" border=\"0\" src=\"http:\/\/www.sofoot.com\/IMG\/img-ce-que-le-ballon-doit-au-velo-1404990026_620_400_crop_articles-186682.jpg\" height=\"412\" width=\"640\" \/><\/a><\/div>\n<div class=\"p2\"><\/div>\n<div class=\"p1\"><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>La Coupe du Monde et le Tour de France se chevauchent pour quelques jours encore. Voil\u00e0 pourquoi le match d\u2019hier soir fut si long. Cet Argentine-Hollande n\u2019\u00e9tait pas une demi-finale, c\u2019\u00e9tait une \u00e9tape de plat.\u00a0<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Depuis qu\u2019il n\u2019y avait plus de coureurs dans nos stades v\u00e9lodromes, on avait oubli\u00e9 ce que le ballon devait au v\u00e9lo. Dans ces stades d\u2019un autre type et d\u2019un autre temps, la dramaturgie s\u2019\u00e9talait sur une rampe circulaire qui prenait toute la place dans les tribunes. On n\u2019\u00e9tait pas au v\u00e9lodrome comme on \u00e9tait au th\u00e9\u00e2tre, comme on e\u00fbt profit\u00e9 d\u2019un spectacle depuis notre si\u00e8ge. Non. On \u00e9tait au v\u00e9lo comme on \u00e9tait dans le tambour d\u2019une machine \u00e0 laver. On venait y voir s\u2019essorer les coureurs \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un grand tour (l\u2019arriv\u00e9e du Tour de France au Parc des Princes jusqu\u2019en 1967) et s\u2019\u00e9tourdir la t\u00eate plong\u00e9e toute une apr\u00e8s-midi \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cet anneau sonore et miraculeux. Pour les enfants install\u00e9s en tribunes, ces rampes inclin\u00e9es \u00e9taient des falaises autour desquels des coureurs fantastiques allaient voler comme des h\u00e9ros de bande dessin\u00e9e. De temps \u00e0 autres des \u00e9v\u00e8nements \u00e9taient organis\u00e9s sur la pelouse centrale. Des championnats de boxe ou des matchs de football occupaient le vide le temps d\u2019une r\u00e9union comme on e\u00fbt occup\u00e9 une salle polyvalente d\u2019une commune rurale et isol\u00e9e. Un jour c\u2019\u00e9tait une brocante, un autre une r\u00e9union du conseil municipal, un autre encore, une salle de spectacle pour les gamins de l\u2019\u00e9cole primaire. C\u2019\u00e9tait le temps o\u00f9 le football n\u2019avait pas encore droit \u00e0 ses stades \u00e0 lui. Alors notre imaginaire se construisit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ces stades-coquillages qui recevaient des spectacles sportifs comme les coquilles re\u00e7oivent les crustac\u00e9s d\u00e9capodes qui cherchent un abris pour passer la soir\u00e9e. La premi\u00e8re finale de Coupe d\u2019Europe Real Madrid-Stade de Reims fut c\u00e9l\u00e9br\u00e9e \u00e0 l\u2019abris du v\u00e9lodrome du vieux Parc des Princes en 1956. C\u2019est dire comme on aimait le v\u00e9lo.<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Arras-Reims-Sao Paolo<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Alors, depuis cinq jours un ph\u00e9nom\u00e8ne fabuleux se produit tous les jours. Nous passons nos apr\u00e8s-midi \u00e0 faire le tour de la France en h\u00e9lico, \u00e0 admirer des vaches qui courent dans un champs de la campagne anglaise, \u00e0 accompagner des coureurs d\u00e9valant les chemins boueux remplis de pi\u00e8ges terribles pour eux mais imperceptibles pour l\u2019automobiliste distrait (un pav\u00e9 glissant, un dos d\u2019\u00e2ne insolent, un rond-point pris \u00e0 rebours) et, l\u2019arriv\u00e9e proche (comptez une cinquantaine de kilom\u00e8tres) on se pose toujours la m\u00eame question : l\u2019\u00e9chapp\u00e9e arrivera-t-elle \u00e0 bon port ? Apr\u00e8s des heures \u00e0 patienter que de courageux Flamands arrivent enfin \u00e0 leur destination, nous les voyons finalement se faire avaler d\u2019une bouch\u00e9e par un peloton qui s\u2019\u00e9tait pris de vitesse tout \u00e0 coup. L\u2019\u00e9tape de plat se terminait par l\u2019inexorable sprint massif, sorte de s\u00e9ance de penalties du v\u00e9lo. Ce qui \u00e9tait miraculeux hier soir, c\u2019est qu\u2019une fois la terrible \u00e9tape d\u2019hier termin\u00e9e, les v\u00e9los du Tour de France sembl\u00e8rent tout \u00e0 coup transpercer l\u2019\u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision, traverser les oc\u00e9ans, puis s\u2019installer dans les tribunes de l\u2019Arena Corinthians de Sao Paolo pour s\u2019y mettre \u00e0 rouler, \u00e0 rouler. Le stade de football br\u00e9silien se transforma en une \u00e9tape de plaine o\u00f9 l\u2019on voyait des flamands se mesurer \u00e0 des italiens (enfin presque, des argentins en fait). Sur la pelouse pas de fringale, pas de jambe dure, rien que de la souplesse dans le braquet et des coureurs bien en place. Comme une \u00e9tape de transition, ce match \u00e9tait interminable.<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Maillot orange<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><b><\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il fallait aimer suffisamment ce sport pour \u00eatre capable de distinguer quelque beaut\u00e9 po\u00e9tique \u00e0 cette rencontre. Exactement comme la po\u00e9sie d\u2019une \u00e9tape de plat \u00e9chappe au commun du t\u00e9l\u00e9spectateur press\u00e9 et avide d\u2019\u00e9motions, la beaut\u00e9 m\u00e9taphorique de cet Argentine-Hollande \u00e9tait exigeante et \u00e9chappa par cons\u00e9quent au commun des mortels. Pourtant ils \u00e9taient tous l\u00e0. Enferm\u00e9s dans leurs voitures transform\u00e9es en cellules roulantes, il y avait les directeurs sportifs (Sabella, Van Gaal) au bord de la course qui criaient des consignes que personne ne respectait. Il y avait les gr\u00e9gaires (De Jong, Kuyt, Biglia, Zabaleta) qui remontaient les bidons, les fid\u00e8les seconds, ceux qui ne l\u00e2chaient jamais le leader (Sneijder, Mascherano ou Lavezzi) qui s\u2019\u00e9chinaient et puis surtout il y avait le leader. Il \u00e9tait tant\u00f4t sprinteur et r\u00e9clamait qu\u2019on le prot\u00e9ge\u00e2t jusqu\u2019aux dernier m\u00e8tres de la course afin de pouvoir conclure le travail collectif d\u2019un exploit explosif et personnel (Messi), tant\u00f4t grimpeur (Robben), il se faufilait dans les courbes inhumaines des cols hors cat\u00e9gorie. Plus on t\u00e2chait de le suivre, plus il semblait insaisissable. Son corps \u00e9trange &#8211; comme celui de Marco Pantani install\u00e9 en danseuse &#8211; grimpait les cols comme il crochetait les d\u00e9fenses. Toujours de la m\u00eame fa\u00e7on, toujours impossible \u00e0 suivre. Hier soir, les \u00e9quipes hollandaises et argentines ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 s\u2019observer depuis le peloton, maintenir un rythme intense aux avant-postes et \u00e9viter toute \u00e9chapp\u00e9e, toute erreur. Il fallait prot\u00e9ger les leaders et les propulser vers la d\u00e9cision finale.\u00a0<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Arriv\u00e9e massive<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<p><\/p>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ce match se termina donc par ce qu\u2019on savait intrins\u00e8que \u00e0 ce genre d\u2019\u00e9tape. On eut beau tent\u00e9 de rafra\u00eechir le public, de montrer son sponsor lors d\u2019un ou deux sprints interm\u00e9diaires (la fin de match de Robben, le coup franc de Messi), on se pr\u00e9parait \u00e0 une arriv\u00e9e massive qu\u2019on savait aussi dangereuse qu\u2019impitoyable. Pour ne pas s\u2019endormir devant un tel match, il fallait se rem\u00e9morer ces \u00e9tapes qui traversent les paysages du Nord et semblent ne compter pour rien. Hier apr\u00e8s-midi, durant la cinqui\u00e8me \u00e9tape du Tour, les pav\u00e9s furent plus dangereux que les cols alpins et eurent raison de Chris Froome, le grand favori. Quelques heures plus tard, Arjen Robben chuta \u00e0 son tour. La Flandre invincible de Van Gaal dut remplacer Martins Indi d\u00e8s le d\u00e9but de la deuxi\u00e8me mi-temps. Toute la strat\u00e9gie de l\u2019\u00e9quipe s\u2019effondra alors. Son meilleur sp\u00e9cialiste, celui qui s\u2019\u00e9tait pr\u00e9par\u00e9 depuis des semaines et avait remport\u00e9 l\u2019\u00e9tape pr\u00e9c\u00e9dente, Tim Krull, ne pourrait pas entrer en jeu pour le sprint final. La Hollande devait remporter l\u2019\u00e9tape en s\u2019\u00e9chappant au score. Mais les Argentins, bien conscients de l\u2019impond\u00e9rable qui avait frapp\u00e9 l\u2019\u00e9quipe en maillot orange, surent contr\u00f4ler la course et lui imprimer un rythme et une rigueur qui emp\u00each\u00e8rent toute exploit individuel. Javier Mascherano fut le Fabien Cancellara de l\u2019Argentine, le rouleur qui s\u2019installe aux commandes de l\u2019\u00e9quipe et impose son rythme \u00e0 tout le peloton. La journ\u00e9e se termina ainsi par un sprint lanc\u00e9 et, les flamands priv\u00e9s ainsi de leur sp\u00e9cialiste, chut\u00e8rent deux fois. Ce que le ballon doit au v\u00e9lo c\u2019est exactement cette po\u00e9tique du voyage initiatique. Chaque \u00e9tape, chaque obstacle qui semblait trivial et insignifiant \u00e0 l\u2019automobiliste, devenait une admirable \u00e9preuve de bravoure et de d\u00e9passement de soi pour le cycliste. Ce que le ballon doit au v\u00e9lo c\u2019est l\u2019art de la chute.<\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><br \/><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><a href=\"http:\/\/www.sofoot.com\/ce-que-le-ballon-doit-au-velo-186682.html\" target=\"_blank\">http:\/\/www.sofoot.com\/ce-que-le-ballon-doit-au-velo-186682.html<\/a><\/span><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mercredi 9 juillet 2014 Argentine-Hollande (demi-finale) Sao Paolo La Coupe du Monde et le Tour de France se chevauchent pour quelques jours encore. Voil\u00e0 pourquoi le match d\u2019hier soir fut si long. 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