{"id":73,"date":"2014-06-24T10:18:00","date_gmt":"2014-06-24T09:18:00","guid":{"rendered":"https:\/\/thibaudleplat.wordpress.com\/2014\/06\/24\/le-sens-du-tragique"},"modified":"2025-02-10T21:17:26","modified_gmt":"2025-02-10T21:17:26","slug":"le-sens-du-tragique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/thibaudleplat.com\/index.php\/2014\/06\/24\/le-sens-du-tragique\/","title":{"rendered":"Le sens du tragique"},"content":{"rendered":"<div dir=\"ltr\" style=\"text-align:left;\">\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Mardi 24 juin 2014<\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Gr\u00e8ce-C\u00f4te d\u2019Ivoire<\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Fortaleza<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"separator\" style=\"clear:both;text-align:center;\"><a href=\"http:\/\/www.sofoot.com\/IMG\/img-la-grece-ou-le-sens-du-tragique-1403697253_620_400_crop_articles-185819.jpg\" style=\"margin-left:1em;margin-right:1em;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" border=\"0\" src=\"http:\/\/www.sofoot.com\/IMG\/img-la-grece-ou-le-sens-du-tragique-1403697253_620_400_crop_articles-185819.jpg\" height=\"412\" width=\"640\" \/><\/a><\/div>\n<div class=\"p2\"><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><b><\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>\u00c0 chaque grande comp\u00e9tition c\u2019est le m\u00eame po\u00e8me. Ils ne sont jamais favoris. Pourtant ils font partie des rares europ\u00e9ens \u00e0 s\u2019\u00eatre qualifi\u00e9s pour les huiti\u00e8mes de finale. Mais alors, pourquoi ? Pourquoi personne n\u2019aime la Gr\u00e8ce ?\u00a0<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">C\u2019est le temps de demander au lecteur de se laisser aller \u00e0 la r\u00eaverie. Imaginez que vous compreniez cet alphabet et cette langue aux sonorit\u00e9s famili\u00e8res &#8211; les chuintements du portugais, le pointu du fran\u00e7ais, la rigueur de l\u2019allemand. Regardez maintenant le monde comme si vous \u00e9tiez n\u00e9 sur une \u00eele de la M\u00e9diterran\u00e9e. Vous vivriez en face de la Libye et de la Turquie, mais vous seriez le coeur de l\u2019Europe, son centre \u00e9motionnel. Vous seriez les inventeurs de toutes ces choses qui ne disent rien aux commer\u00e7ants globalis\u00e9s mais qui font la communaut\u00e9 des hommes : le th\u00e9\u00e2tre, la d\u00e9mocratie, la philosophie, les jeux. On se moquerait de ces plaisirs comme on se moquerait de vous, de votre \u00e9quipe si petite, si mis\u00e9rable. On se r\u00e9p\u00e8terait que le plus grand exploit du football europ\u00e9en de ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es &#8211; le v\u00f4tre, celui de la victoire \u00e0 l\u2019Euro 2004 &#8211; ne fut qu\u2019un triste accident de l\u2019histoire, une fa\u00e7on de remettre les compteurs \u00e0 z\u00e9ro. Vous aviez remport\u00e9 cet Euro, vous aviez battu les meilleurs, vous aviez fait preuve d\u2019un sang-froid terrifiant. Certes. Mais on pr\u00e9f\u00e9rait ranger cet \u00e9v\u00e8nement sous la pile des souvenirs afin de l\u2019oublier le plus consciencieusement possible. Pourtant hier soir vous aviez donn\u00e9 une le\u00e7on de celle qui se n\u2019efface pas si facilement. On avait oubli\u00e9 dans ce mondial o\u00f9 les d\u00e9fenses \u00e0 5 avaient emprisonn\u00e9s toutes tentatives de panache, que l\u2019enthousiasme et l\u2019abn\u00e9gation \u00e9taient aussi des qualit\u00e9s admirables. Les nations europ\u00e9ennes avaient chut\u00e9 les unes apr\u00e8s les autres. Sauf la Gr\u00e8ce. Et la Gr\u00e8ce c\u2019est nous.<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Le Zlatan grec<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><i>\u00abUn grand risque ne veut pas d\u2019un homme sans coeur\u00bb <\/i>chantait Pindare aux h\u00e9ros <i>(Odes Olympiques)<\/i>. Il ne veut pas non plus de patronymes ordinaires. La beaut\u00e9 de cette Gr\u00e8ce commence par la po\u00e9tique de sa feuille de match: Sokratis Papastathopoulos, Panagiotis Tachtsidis, Kostas Katsouranis, Theophanis Gekas nous rappellent les mythiques Angelos Charisteas, Antonios Nikopolidis, Theodoros Zagorakis, Zisis Vrysas. Ils ont le m\u00eame maillot blanc flanqu\u00e9 de la croix et Yorgos Karagounis est encore l\u00e0 pour transmettre l\u2019h\u00e9ritage \u00e9motionnel des h\u00e9ros de 2004. Dix ans plus tard, comme le maudit Charisteas et son visage de tra\u00eetre, personne n\u2019aime Giorgios Samaras, cette physionomie d\u00e9glingu\u00e9e et cette fa\u00e7on d\u2019attraper le ballon n\u2019importe comment mais de toujours s\u2019en sortir par la gr\u00e2ce d\u2019un geste souvent laid mais qui \u00e9tait le seul capable de surprendre son adversaire direct. Chez Samaras, on ne sait jamais s\u2019il faut saluer le grand technicien capable de descendre n\u2019importe quel ballon du ciel ou l\u2019habile imposteur dont le seul talent est celui de la chance et de l\u2019opportunit\u00e9. Avec Pipo Inzaghi, Davor Suker ou Miroslave Klose, il fait partie de cette confr\u00e9rie secr\u00e8te de joueurs victimes de leur physionomie. S\u2019il avait un peu plus de finesse on aurait vu en lui un Zlatan grec ou une sorte d\u2019Edin Dzeko en brun barbu. Pourtant il a de trop grands pieds, un dos beaucoup trop vaste et un cou trop parfaitement droit quand il court pour qu\u2019on lui reconnaisse la moindre \u00e9l\u00e9gance. Samaras est une idole du Celtic et le num\u00e9ro 7 de la Gr\u00e8ce. Point.<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>L\u2019\u00e9quipe normale<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Mais il y a des \u00e9quipes et des joueurs dont le potentiel d\u2019identification d\u00e9passent largement la question du jeu ou du talent.\u00a0 C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette absence de brio, dans cet art de souffrir artistement \u00e0 grand coup de cartons rouges, de d\u00e9fense regroup\u00e9e et de contres men\u00e9s par des d\u00e9fenseurs aux visages d\u2019assassins qu\u2019on retrouve notre foot de village \u00e0 nous, celui qui se joue sur le bitume, qui ne s\u2019arr\u00eate que quand le soleil se couche, ce foot o\u00f9 il faut apprendre \u00e0 rester debout au risque de se faire pi\u00e9tiner par un plus grand ou un plus orgueilleux que nous. Mais alors pourquoi, si elle nous ressemble tant, personne n\u2019aime la Gr\u00e8ce en foot\u00a0 ? Peut-\u00eatre parce que dans le blanc de son maillot et dans cette fa\u00e7on de n\u2019y arriver que par la volont\u00e9 de ne pas mourir, dans cette obstination \u00e0 ne jamais subir la mode et \u00e0 toujours vivre en retard, elle nous ressemble beaucoup trop, \u00e0 nous les normaux. Elle n\u2019offre jamais rien d\u2019exceptionnel \u00e0 admirer ou \u00e0 sublimer. Sa seule pr\u00e9sence exerce sur nous comme une menace au-dessus de nos belles comp\u00e9titions. Si de temps en temps, par la gr\u00e2ce d\u2019un geste, d\u2019un but ou d\u2019une \u00e9motion exceptionnelle, les autres \u00e9quipes nous offrent des bribes d\u2019absolu ou des traces de g\u00e9nie, la Gr\u00e8ce, elle, nous donne toujours ce qu\u2019elle promet : de l\u2019intransigeance et du sacrifice. Elle n\u2019a jamais eu d\u2019autre ambition que celle de combattre sans piti\u00e9. Ni pour elle, ni pour les autres.<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>La col\u00e8re de Samaras<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<p><\/p>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Deux blessures en vingt minutes, une suspension, 2 barres transversales, 1 poteau, la C\u00f4te d\u2019Ivoire qui \u00e9galisa \u00e0 dix minutes de la fin, une moyenne d\u2019\u00e2ge de plus de 30 ans, la Gr\u00e8ce serait enfin \u00e9limin\u00e9e. On respirait. Pourtant au fond de nous-m\u00eame, nous le savions. Ce match d\u2019hier soir \u00e9tait fait pour eux. La Gr\u00e8ce allait gagner, il fallait juste attendre la fin du temps, le moment o\u00f9 les d\u00e9s \u00e9taient jet\u00e9s. On avait intuitivement devin\u00e9 que les circonstances de cette rencontre \u00e9taient \u00e0 l\u2019\u00e9pop\u00e9e et \u00e0 la catharsis. Comme dans les livres d\u2019Hom\u00e8re, les dieux auraient beau se r\u00e9unir en colloque exceptionnel et Zeus d\u2019exiger qu\u2019ils restent neutres, ils ne pourraient s\u2019emp\u00eacher de prendre part \u00e0 cette m\u00eal\u00e9e magnifique et de se r\u00e9partir leurs favoris. Les Grecs gagneraient \u00e0 la fin, on le savait. Un Dieu finirait, au bout de la souffrance, par les prendre en piti\u00e9 et intervenir dans cette bataille. Ce fut Zeus. Il prit hier soir la forme d\u2019un coup de sifflet en pleine surface. Alors \u00e0 la 93\u00e8me minute, Giorgios Samaras s\u2019empara du ballon, le posa sur le point de p\u00e9nalty et mit ses mains sur ses hanches avant d\u2019ex\u00e9cuter la peine capitale sans un seul indice d\u2019h\u00e9sitation. Il dessina ensuite un coeur avec ses doigts comme pour rappeler au monde que ce sont bien des hommes qui venaient de vaincre, non des dieux. Pendant un mondial on a toujours deux \u00e9quipes dans le coeur. L\u2019une parce que c\u2019est la n\u00f4tre. L\u2019autre parce que c\u2019est la Gr\u00e8ce. \u00a0<\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><br \/><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><a href=\"http:\/\/www.sofoot.com\/la-grece-ou-le-sens-du-tragique-185819.html\" target=\"_blank\">http:\/\/www.sofoot.com\/la-grece-ou-le-sens-du-tragique-185819.html<\/a><\/span><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mardi 24 juin 2014 Gr\u00e8ce-C\u00f4te d\u2019Ivoire Fortaleza \u00c0 chaque grande comp\u00e9tition c\u2019est le m\u00eame po\u00e8me. Ils ne sont jamais favoris. Pourtant ils font partie des rares europ\u00e9ens \u00e0 s\u2019\u00eatre qualifi\u00e9s pour les huiti\u00e8mes de finale. Mais alors, pourquoi ? 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