{"id":79,"date":"2014-06-18T10:03:00","date_gmt":"2014-06-18T09:03:00","guid":{"rendered":"https:\/\/thibaudleplat.wordpress.com\/2014\/06\/18\/le-bosquet-des-absents"},"modified":"2025-02-10T21:17:27","modified_gmt":"2025-02-10T21:17:27","slug":"le-bosquet-des-absents","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/thibaudleplat.com\/index.php\/2014\/06\/18\/le-bosquet-des-absents\/","title":{"rendered":"Le bosquet des absents"},"content":{"rendered":"<div dir=\"ltr\" style=\"text-align:left;\">\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Mercredi 18 juin<\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Espagne-Chili<\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Rio de Janeiro<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><b><\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"separator\" style=\"clear:both;text-align:center;\"><a href=\"http:\/\/www.sofoot.com\/IMG\/img-vicente-del-bosque-1403175637_620_400_crop_articles-185421.jpg\" style=\"margin-left:1em;margin-right:1em;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" border=\"0\" src=\"http:\/\/www.sofoot.com\/IMG\/img-vicente-del-bosque-1403175637_620_400_crop_articles-185421.jpg\" height=\"412\" width=\"640\" \/><\/a><\/div>\n<div class=\"p1\"><b><br \/><\/b><\/div>\n<div class=\"p1\"><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>C\u2019est la fin d\u00e8s le deuxi\u00e8me match. Au m\u00eame moment o\u00f9 l\u2019Espagne disait adieu \u00e0 Juan Carlos et couronnait son fils, elle se retirait sans bruit d\u2019un Mondial qui n\u2019en revient toujours pas de son audace. Les espagnols ont quitt\u00e9 la comp\u00e9tition comme ils le devaient, en princes.\u00a0<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ce matin les rues de Madrid \u00e9taient tapiss\u00e9es de rouge et de jaune. Sur les balcons de la Gran Via, tout en haut des immeubles, on avait hiss\u00e9 les couleurs bien haut, bien fi\u00e8rement. Le long de la Castellana, la grande avenue centrale de la ville, le rouge et le jaune avaient pris possession de chaque centim\u00e8tre carr\u00e9 de hampe, chaque espace vide \u00e9tait color\u00e9 de sang et d\u2019or. Au bas de ces drapeaux, ils \u00e9taient des milliers \u00e0 s\u2019\u00eatre install\u00e9s, <i>bocadillo de jam\u00f3n<\/i> encore sous alu dans la main droite et mouchoir blanc \u00e0 port\u00e9e de sanglots dans la main gauche, attendant que quelque chose se pass\u00e2t enfin ou seulement peut-\u00eatre pour le seul plaisir de se retrouver comme \u00e7a, ensemble, au milieu de la rue.\u00a0<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">En Espagne on partage les larmes comme on partagerait des secrets. Ce n\u2019est qu\u2019une fois r\u00e9unis, serr\u00e9s les uns contre les autres, qu\u2019on est pr\u00eat \u00e0 se laisser aller \u00e0 la m\u00e9lancolie comme si le corps moite et tremblotant d\u2019un fr\u00e8re, d\u2019un p\u00e8re ou d\u2019un anc\u00eatre ne faisait plus qu\u2019un avec le reste de sa descendance. Ce matin Madrid appartenait \u00e0 la m\u00e9moire de ses habitants et ressemblait \u00e0 juin 2010, quand ils furent alors des millions \u00e0 quitter le bureau plus t\u00f4t, \u00e0 s\u2019entasser sur les trottoirs et les abris-bus, \u00e0 se mettre \u00e0 crier comme des gosses\u00a0 <i>\u00ab\u00a1Gracias, Gracias !\u00bb<\/i> \u00e0 ces joueurs qui ne les connaissaient pas mais qui venaient de ramener une couronne mondiale \u00e0 un pays au bord de l\u2019ab\u00eeme \u00e9conomique. Merci de nous avoir rendus fiers et heureux le temps d\u2019un match. Merci de nous avoir fait gagner au moins une fois. \u00catre champion ne changerait pas le monde, certes. Mais, enfin, tous les enfants aiment bien jouer au roi \u00e0 la reine. Alors jouons encore un peu.<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Juan Carlos, Felipe et Luis Aragon\u00e9s<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ce matin de 2014, Madrid n\u2019attendait pas le retour des champions du monde mais dans ce curieux retournement nostalgique, cette fois-ci, c\u2019est elle qui disait au revoir \u00e0 un roi (Juan Carlos), souhaitait longue vie \u00e0 un autre (Felipe VI) et se donnait une nouvelle raison d\u2019\u00eatre nostalgique. Tandis que la Rolls Royce du nouveau monarque s\u2019enfon\u00e7ait dans la ville recueillie, l\u2019\u00e9limination d\u2019hier soir venait s\u2019installer dans les souvenirs d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration qui n\u2019oubliera jamais ce 18 juin 2014. C\u2019est dr\u00f4le comme parfois la vie semble avoir un sens, comme tous les \u00e9v\u00e8nements semblent appartenir au m\u00eame flux. \u00c0 minuit,\u00a0 exactement au m\u00eame instant o\u00f9 l\u2019Espagne perdait son titre mondial dans le plus grand stade du monde, un nouveau roi s\u2019installait sur le tr\u00f4ne apr\u00e8s quarante ann\u00e9es de r\u00e8gne de Juan Carlos.\u00a0<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Antonio Muelas, le c\u00e9l\u00e8bre commentateur de la Radio Nationale, au bord de l\u2019effondrement \u00e9motionnel, \u00e9clata en sanglots quand un \u00e0 un, comme \u00e0 des fun\u00e9railles de soldats tomb\u00e9s au combat, il reprit le nom des 23 h\u00e9ros espagnols qui quittaient la pelouse de Rio apr\u00e8s cette glorieuse d\u00e9faite <i>\u00ab!Gracias Iker Casillas, Gracias Javi Martinez, Gracias Andr\u00e9s Iniesta, Gracias Pedro, Gracias Xabi Alonso, Gracias Sergio Ramos, Gracias Sergio Busquets&#8230;!\u00bb<\/i>. Les larmes se m\u00e9lang\u00e8rent aux syllabes prononc\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 les \u00e9touffer compl\u00e8tement. Le temps d\u2019une pause pour reprendre son souffle, il regarda ensuite le ciel et ce fut dans un r\u00e2le d\u00e9chirant que le narrateur \u00e9motionnel de l\u2019Espagne d\u2019en-bas pronon\u00e7a les derniers mots de cette pri\u00e8re <i>\u00ab et puis je regarde le ciel et \u00e0 toi aussi Luis Aragon\u00e9s, je veux te dire merci&#8230;\u00bb<\/i>. Le direct reprit le dessus. Le football c\u2019est la vie qui exag\u00e8re, mais c\u2019est la vie quand m\u00eame.\u00a0<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Dans le m\u00eame train<\/b><\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il est impossible de ne pas ressentir quelque chose ou de ne pas admirer l\u2019art qu\u2019ont les espagnols pour dire adieu \u00e0 leurs h\u00e9ros. En mars 2004, le lendemain des attentats d\u2019Atocha, les madril\u00e8nes s\u2019\u00e9taient jet\u00e9s spontan\u00e9ment dans les rues malgr\u00e9 une pluie battante, s\u2019\u00e9taient serr\u00e9s ensuite sous des parapluies et install\u00e9s derri\u00e8re celui qui aujourd\u2019hui est devenu leur roi, Philippe. Ils ne d\u00e9fil\u00e8rent pas pour r\u00e9clamer la t\u00eate de Ben Laden ou en vouloir \u00e0 l\u2019injustice du terrorisme. Non, s\u2019ils se jet\u00e8rent dans la rue c\u2019\u00e9tait pour hurler comme ils \u00e9taient tristes, combien en frappant 192 personnes, quarante millions d\u2019autres avaient \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s et boulevers\u00e9s par cet \u00e9v\u00e8nement <i>\u00abNous \u00e9tions tous dans ce train !\u00bb<\/i> criaient-ils. Et les larmes coulaient, coulaient. Mais plus ils pleuraient, plus ils se serraient encore.\u00a0<\/span><\/div>\n<div class=\"p2\"><span class=\"s1\"><\/span><\/div>\n<p><\/p>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\">Un an plus tard, sur une clairi\u00e8re du Parc du Retiro, ils dress\u00e8rent 192 arbres qu\u2019ils baptis\u00e8rent po\u00e9tiquement <i>\u00able bosquet des absents\u00bb<\/i> pour que le souvenir de ce 11 mars 2004 soit bien enracin\u00e9 dans la terre \u00e0 laquelle tous ils \u00e9taient destin\u00e9s. Alors hier soir quand le match fut termin\u00e9, personne n\u2019eut l\u2019id\u00e9e de demander la t\u00eate de Del Bosque ou de Xabi Alonso. On n\u2019engueule pas des morts, on les veille. Apr\u00e8s six ans de gloire et de fiert\u00e9, l\u2019Espagne montrait au monde comment on tombait avec les honneurs, sans excuse, sans gr\u00e8ve, sans col\u00e8re. Savoir perdre c\u2019est une certaine fa\u00e7on d\u2019\u00eatre nostalgique et puis, sans dire un mot, de se retirer au milieu d\u2019une haie d\u2019honneur silencieuse. Les cyniques pourront toujours dire que tout cela \u00e9tait grotesque et que le football ne m\u00e9ritait pas de se mettre dans ces \u00e9tats. Mais ce que ne pourront jamais dire les sceptiques, c\u2019est que tout cela n\u2019\u00e9tait jamais arriv\u00e9.\u00a0<\/span><\/div>\n<div class=\"p1\"><span class=\"s1\"><br \/><\/span><\/div>\n<div class=\"p1\">\n<div style=\"text-align:justify;\"><span class=\"s1\"><a href=\"http:\/\/www.sofoot.com\/le-bosquet-des-absents-185421.html\" target=\"_blank\">http:\/\/www.sofoot.com\/le-bosquet-des-absents-185421.html<\/a><\/span><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mercredi 18 juin Espagne-Chili Rio de Janeiro C\u2019est la fin d\u00e8s le deuxi\u00e8me match. 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